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Un peu d'histoire

Durant des millénaires, l'Homme a dû chasser pour assurer sa survie. Il a utilisé différentes armes comme la sagaie ou le propulseur jusqu'à ce qu'il découvre l'arc (certainement en observant l'élasticité naturelle des matériaux). C'est donc au cours de la préhistoire, probablement à l'époque magdalénienne (au paléolithique supérieur -35000 à -12000) que l'arc a été inventé. Malheureusement, il ne reste que peu de traces permettant de comprendre l'apparition et l'évolution du tir à l'arc.

Si de nombreuses pointes de flèches (en pierre, en silex ou en obsidienne) ont été retrouvées, les arcs, en matériaux organiques (en orme, en frêne, en if...) ont disparu. Il est donc difficile de savoir à quelle période l'arc a remplacé le propulseur. Des pointes de flèches de cette époque ont été retrouvées en Afrique du Nord (en Algérie à Bir-el-Ater dans la région de Tebessa - civilisation atérienne). Les arcs les plus anciens datent de 6500 à 6000 av. J.-C. (Mésolithique) et ont été découverts en 1944 dans des tourbières de l'Europe septentrionale (à Holmegaard au Danemark), ainsi que dans des tourbières anglaises et des cités lacustres en Suisse. Des preuves incontestables de l'existence du tir à l'arc au Mésolithique (-10000 ans) sont apportées par des dessins pariétaux de grottes en Espagne.

Grotte de los Caballos - Province de Castellon - (Espagne)

Scène de chasse au cerf: groupe de 4 archers décochant des flèches sur une harde de cerfs

Arc d'Holmegaard en orme: la poignée est marquée par un rétrécissement.       

Durant des milliers d'années, la chasse à l'arc (mais aussi occasionnellement la pêche) est le moyen principal et presque unique de subsistance, en particulier dans les régions tempérées où les végétaux ne fournissent qu'un apport alimentaire minime et saisonnier. L'auroch, le cerf, le sanglier et le renne sont chassés pour leur viande. Les petits animaux comme le lapin, la loutre ou le castor ne constituent que des appoints gustatifs. D'autres animaux ont été chassés pour leur fourrure (le loup, le renard, le lynx, le blaireau, la martre ou le putois).


Peinture rupestre du massif Tassili n'Ajjer
(Néolithique récent)


Gravures rupestres dans désert - Arabie Saoudite - Datation probable - 9000 ans

 

Des meurtres sont prouvés par la présence d'armatures de flèches dans les os de quelques squelettes mais il peut s'agir d'accidents de chasse. L'arc devient une arme de guerre dès l'instant où apparaît la notion de propriété avec le développement de l'agriculture et de l'élevage au néolithique.

On ne peut pas évoquer l'histoire du tir à l'arc sans parler d'Otzi, l'homme du Similaun.
Otzi est la momie d'un homo sapien découverte à 3213m d'altitude en 1991 dans un glacier italien et dont la datation est estimée à -5300 ans (néolithique). Son autopsie a révélé qu'il était probablement mort à la suite d'une blessure par flèche. Il a été découvert avec un arc (1.82 m) en if, un carquois et une douzaine de flèches avec des pointes en silex.

 

 

 Reconstitution d'Otzi d'après l'étude de sa momie

 

La plupart des civilisations à travers le monde ont utilisé l'arc souvent à des fins militaires (excepté en Australie où étaient utilisés le boomerang et le propulseur): les Egyptiens, les Assyriens, les Scythes, les Perses, les Carthaginois (guerres puniques d'Hannibal contre les Romains), les Parthes (le seul peuple à avoir résisté à l'Empire Romain pendant près de trois siècles - notons que dans les armées romaines, seuls les mercenaires étrangers tirèrent à l'arc et n'eurent qu'une faible importance numérique et stratégique, les romains considérant plutôt l'arc comme un sport.), les Huns (avec Attila), les Mongols (avec Gengis Khan), les Turks, les Japonais, les Coréens. Parallèlement à l'arc simple en Europe, l'arc composite est développé en Asie par les Chinois et les Mongols, mais aussi au Moyen-Orient. Les arcs sont construits avec différents types de matériaux (tendons, corne, bois...) et prennent une forme recourbée, les rendant plus puissants et plus faciles à manier pour les archers à cheval. Les arcs chinois les plus anciens sont estimés à 2500 à 2000 av-JC mais le premier texte mentionnant un arc date de 500 av-JC ("L'Art de la Guerre" de Sun Tzu).

Gengis Khan (1165-1227)

Durant ces guerres, les archers développent des stratégies et des techniques pour destabiliser et vaincre l'ennemi. Sur les champs de bataille, les archers ne disposant que d'un nombre de flèches limité, récupèrent les flèches envoyées par l'ennemi pour les renvoyer.
Certains, comme les Turks, créent un système pour tirer des flèches plus courtes inutilisables par les archers adverses ou par les arbalétriers car trop fines.
D'autres tirent des flèches dépourvues d'encoches, ou des encoches avec de fines lames d'acier au fond de la gorge (l'archer ennemi qui tire une de ces flèches sans l'outil adapté coupe sa corde et ne peut plus prendre part au combat).
Certains stratèges utilisent pour une volée des flèches plus légères que les flèches de guerre, faisant croire à l'ennemi qu'il est à bonne portée. La volée de riposte tombe alors trop court.
Inversement, l'uilisation de flèches trop lourdes et tombant devant l'ennemi (pour une volée), lui laisse penser qu'il est hors d'atteinte et qu'il peut s'approcher. Il se retrouve alors à une bonne distance pour des flèches normales.

 

Archer assyrien (Salmanasar III) - Bas-relief de Ninive

 
Ramsès II

En Europe, l'arc a joué un rôle déterminant dans de nombreuses batailles, notamment entre anglais et français. Les plus connues sont: la bataille d'Hastings en 1066 representée sur la tapisserie de Bayeux, la bataille de Crécy (1346), la bataille de Poitiers (1356) et la bataille d'Azincourt (1415) où était utilisé le grand arc en if (ou longbow).

Bataille de Crécy (1346)

Le rôle important des archers dans ces conflits leur donna un statut particulier. En 1260, Saint Louis favorise le noble jeu de l'arc dans le royaume. Philippe Le Long ordonne à ses sujets en 1319 de renoncer aux jeux pour s'appliquer au tir à l'arc et aux exercices à caractère militaire. Une ordonnance de Charles V de 1369 enjoint à la pratique du tir à l'arc et à l'arbalète. En 1448, Charles VII crée un corps d'armée: "les Francs-Archers" ("francs" signifiant ici exemptés de taxes). Leur statut et leurs privilèges furent supprimés par François 1er en 1535.
En temps de paix, les archers se retrouvent dans des confréries. Selon leurs affinités, celles-ci s'invitent à de grandes fêtes régionales appelées "Bouquets".

L'introduction des armes à feu, avec l'utilisation de l'arquebuse puis du mousquet lors des batailles au XVIème siècle, marque le début du déclin de l'arc comme arme de guerre. En 1567, Charles IX remplace dans son armée l'arc et l'arbalète par l'arquebuse. La fin du XVIème siècle marque ainsi la fin de la carrière militaire de l'arc en Europe.

 

Scène de chasse  

 

Après la Révolution de 1789, l'assemblée législative décrète en 1790 la dissolution des compagnies de tir à l'arc et des confréries de St Sébastien, balayant l'essentiel des traditions religieuses pratiquées par de nombreuses compagnies. Mais ces évènements ne suffisent pas à interrompre définitivement l'exercice de l'arc. Dans certaines régions, les archers continuent à pratiquer. A partir de 1800, la tourmente révolutionnaire passée, les archers se réunissent à nouveau, reformant des sociétés (sans aucun privilège, uniquement pour la pratique du jeu de l'arc). Le tir à l'arc survit jusqu'à la fin du XIXème siècle au travers des traditions des Confréries et autres associations (comme le tir au Beursault et les Bouquets Provinciaux).

 Saint Sébastien (en savoir plus)

Ces compagnies se regroupent en Rondes dans l'Aisne, l'Oise et la Somme et en Familles dans la région parisienne, formant le Pays d'Arc. C'est en 1899, et en vue des Jeux Olympiques de Paris de 1900, qu'est créée la Fédération des Compagnies d'Arc d'Ile de France. Cette fédération prend en 1911 le nom de Fédération des Compagnies d'Arc de France.


Le développement du tir à l'arc comme discipline sportive a commencé en 1900 avec son introduction aux Jeux Olympiques. Il y sera présent jusqu'en 1920 sous des formes diverses (sauf en 1912 où il était absent, et en 1916 où les Jeux n'eurent pas lieu). Plusieurs facteurs influent sur son exclusion des JO: une pratique limitée à trop peu de pays (France, USA, Angleterre, Belgique), une mauvaise entente entre les nations concernant le règlement (il n'existait pas de règlements internationaux; les épreuves se déroulaient suivant les règles du pays organisateur), et l'absence de fédération internationale (le tir à l'arc n'était inclus au programme qu'à la demande des associations nationales où se déroulaient les Jeux, d'où l'absence de 1912 au jeux de Stockholm).

JO de Londres 1908


La Fédération Française de Tir à l'Arc (FFTA) est créée en 1928. (voir la liste des présidents de la FFTA)
La Fédération Internationale de Tir à l'Arc (FITA) est créée peu de temps après en 1931 pour permettre de réunir différentes nations autour d'une structure sportive cohérente afin de réintégrer les JO (Les 7 pays fondateurs sont les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Hongrie, l'Italie, la Pologne et la Tchécoslovaquie).

 John Williams - Champion Olympique en 1972 à Munich


L'intérêt pour le tir à l'arc sportif s'accroît à partir des années 50 grâce à l'évolution du matériel. En effet, de nouveaux matériaux apparaissent: des alliages à base d'aluminium ou de magnésium, la fibre de verre, les résines synthétiques, les colles, les plastiques, le carbone... Ils permettent de réaliser des arcs plus fiables, avec un meilleur rendement, des flèches de meilleure qualité...

 Structure de branches "carbone" (Samick)

  

Il est aussi important de noter les évolutions technologiques apportées par l'analyse mécanique de l'arc et de la flèche.

Photo réalisée au stroboscope en 1975

 

C'est ainsi qu'apparaissent les stabilisateurs, les amortisseurs, les Berger-Button, les avancées de viseurs, les décocheurs... L'arc à poulies (ou compound) est créé dans les années 60 par l'américain Holless Wilbur Allen.

   

Ces avancées ont permis d'améliorer la précision du tir et donc de développer le tir à l'arc sportif au travers de diverses disciplines.
C'est en 1972 que le tir à l'arc revient aux JO à Munich (liste des Jeux Olympiques de l'ère moderne). Il y est toujours présent, mais uniquement dans la catégorie "arc classique". (voir les podiums des JO depuis 1972)
Quelques archers ont marqué ces disciplines, en particulier le tir olympique: Darell Pace (champion Olympique en 1976 et en 1984) dont le record du monde de 1341 points est resté inégalé pendant une dizaine d'années, Richard Mc Kinney, Vladimir Esheev, Kim Soo-Nyung. Cette discipline est aujourd'hui largement dominée par les coréens. En France, Sébastien Flute a marqué le tir à l'arc sportif en devenant champion olympique en 1992 à Barcelone.
La chasse à l'arc est aujourd'hui le plus souvent pratiquée comme un loisir, particulièrement aux USA (quelques chasseurs se sont illustrés comme Howard Hill (1900-1975) ou Fred Bear (1902-1988, fondateur de la société portant son nom).
Quelques traditions subsistent encore comme le tir au Beursault ou les Bouquets Provinciaux, le tir à la perche...
Chacun peut désormais pratiquer le tir à l'arc avec un choix important de disciplines et une large gamme de matériel. Environ 1800 clubs assurent l'accueil et l'encadrement des archers.
Le nombre de licenciés de la FFTA augmente régulièrement depuis une trentaine d'années et a dépassé en 2005 le seuil des 60.000 licences.

Le tir à l'arc est donc devenu, au fil du temps, une activité de loisir et de compétition avec ses organisations, ses règlements, mais aussi son industrie qui tente de tirer parti des dernières évolutions technologiques. L'arc a également su trouver sa place au cinéma dans des films récents inspirés de l'histoire, de légendes ou de contes ("Le Seigneur des Anneaux", "Les fréres Grimm", "Le Roi Arthur", "Le monde de Narnia").

Guenièvre dans "Le Roi Arthur"
(Keira Knightley)

 


 

 

 

 Héraklès archer

 Sculpure d'Antoine Bourdelle, 1909